MORPHOLOGY OF RED.EPISODE I
24 juin 2010 —  02 août 2010
Paris

Laurent Fiévet ( installation vidéo )
Shunsuke Ohno ( photographies )
Dmitry Sokolenko ( objets photographiques )
Natalia Taravkova ( fresque murale)

Curateurs : Dmitry Sokolenko et Liza Fetissova

Quand la partie visible d’une œuvre d’art stimule tous nos canaux de réception au-delà de nos sens, sommes-nous en train d’en appréhender la partie immatérielle ? Celle qui provoquera durablement un impact, celle qui effacera le souvenir des salles d’exposition arpentées sans jamais être accroché, saisi… 

L’enjeu des œuvres présentées à l’exposition « Morphology of Red » consiste moins à mettre en perspective les images qu’elles utilisent et à déplacer le regard traditionnellement porté sur elles qu’à exploiter les connaissances et les souvenirs qu’en a le public ainsi que les affects qu’elles auront nécessairement générés. Mémoire, savoir et sensations apparaissent dès lors étroitement sollicités pour offrir aux dispositifs mis en place autant de clefs d’interprétation et de modes d’approche différenciés. 

Dmitry Sokolenko, l’auteur de « Morphology of Red » propose dans son projet de faire appel au Rouge, couleur-symbole universelle, dont la multiplicité permet de révéler plus aisément la partie immatérielle de la création.

« Morphology of Red » comporte plusieurs volets ; la chronologie d’apparition de chaque épisode est conforme à celle de « Star Wars ». Les épisodes IV, V, et VI ont déjà été présentés en Russie, où chaque fois les artistes ont été sollicités pour réfléchir à la question de la forme possible du Rouge. 

Pour « Morphology of Red . Episode I », le Japonais Shunsuke Ohno, les Russes Dmitry Sokolenko et Natalia Taravkova, ainsi que le Français Laurent Fiévet se rencontrent pour une subtile conversation à la galerie RTR. Tout en restant fidèle à sa pratique et son discours, chaque artiste construit une œuvre originale inspirée et imprégnée du Rouge. 

L’exposition commence par l’observation presque formelle de l’existence du Rouge en opposition aux autres couleurs. Shunsuke Ohno voit le Rouge indissociable des deux autres couleurs Rasta - le Vert et le Jaune. Le spectateur est prié, en regardant les photographies issues de la série « Open G », directement inspirées par la consommation illicite de substance verte, de chercher dans chaque image une couleur précise. Ce qui le met dans un état proche de l’hypnose, où il continue à chercher la même couleur dans son environnement. Ainsi la manipulation discrète de l’état physique du spectateur constitue l’œuvre de Shunsuke Ohno, où la photographie sert de signal au réflexe sensoriel. 

Pour « Morphology of Red » Natalia Taravkova propose deux pièces où la trace de la bulle est visible grâce au pigment. Une sorte de vertige, un état d’ivresse… Mais une fois la peinture terminée, l’état d’euphorie se change en triste gueule de bois. 

Dmitry Sokolenko construit un paradigme complexe autour du Rouge, symbole du conflit et de la violence. 15 objets photographiques, disposés en ordre géométrique où les œuvres communiquent visuellement et contextuellement, chacun couvrant un épisode iconique de l’Histoire. Ainsi Sokolenko « couvre » le champ sémantique du Rouge lié aux éclats sanglants – des tripes percées de Saint Sébastien, en passant par le plasma d’un poète ou les révolutions, jusqu’à Stalingrad. 

Ink red de Laurent Fiévet est une installation vidéo qui repose, comme souvent chez l’artiste, sur un double registre de références, à la fois pictural (La Dentellière de Vermeer) et cinématographique (Marnie d’Alfred Hitchcock). A travers la réappropriation et le redéploiement d’un très court extrait d’un film d’Hitchcock où le rouge joue un rôle fortement expressif et symbolique, l’artiste propose notamment une réflexion sociologique et politique sur le caractère absurde et aliénant que peuvent revêtir l’organisation du travail et ses rythmes d’exécution.

Ainsi le Rouge active des réflexes, des souvenirs et pousse l’esprit à errer, mais sous l’impulsion créative. Ce qui change la donne. N’est-ce pas ?