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OUEST FRANCE (papier & web)
Paris

Liza Fetissova, l’œil de Moscou à Paris

Texte par Patrice MOYON.

Depuis une vingtaine d’années, cette Russe installée à Paris fait partager ses coups de cœur photographiques. Elle consacre une exposition à Antanas Sutkus, le plus grand photographe lituanien.

Un instant de grâce. La vie saisie au vol. Elle veut voir et nous aussi. Mais son visage aujourd’hui encore nous échappe. Dans une rue du vieux Vilnius, un homme court. Une jeune femme se penche à sa fenêtre. Toute la magie d’Antanas Sutkus est rassemblée dans cette photo prise en 1959. Elle fait partie des coups de cœur d’Elton John et de sa collection dont une partie a été exposée à la Tate Gallery à Londres en 2017. Une photo qu’on peut retrouver à Paris jusqu’à la fin du mois de juin 2020.

Les Tchèques ont Josef Koudelka, les Hongrois, André Kertész, et les Lituaniens, Antanas Sutkus. Les Français commencent à découvrir ce maître de la photographie lituanienne à l’œuvre profuse : 700 000 clichés. Liza Fetissova a choisi de lui consacrer une exposition jusqu’à la fin du mois de juin. Installée depuis une vingtaine d’années en France, elle est l’œil de Moscou à Paris. Elle a contribué à diffuser les photos d’Oleg Dou, spécialisé dans le photomontage, et de Sergey Maximishin. Elle voudrait faire de même aujourd’hui avec Antanas Sutkus.

L’œil rebelle, dans les marges de l’Histoire et de la propagande, cet artiste né en 1939 s’est attaché à restituer la vie des Lituaniens au plus près. Il capte comme peu d’autres la lumière des yeux, un voile de tristesse.  Vous me demandez pourquoi je suis devenu photographe ? C’est comme si vous me demandiez pourquoi ai-je aimé , dit-il parfois. Son père était un militant communiste. Lorsque les Russes sont arrivés, ils l’ont obligé à dénoncer ses camarades. C’était au-dessus de ses forces et le père d’Antanas Sutkus a préféré se suicider. Et aujourd’hui il s’attriste quand ses yeux se posent sur cette société si libre et pourtant si loin de ce dont il rêvait.  Nous traversons une crise d’âme , dit-il à propos de la société post-communiste.

La dimension tragique de l’Histoire, Liza Fetissova en connaît, elle, tous les ressorts. Sa grand-mère a été déportée par les nazis. Sa mère est née aux portes d’un camp sous Staline. Dans cette galerie du boulevard de la Tour Maubourg, celle qui se tient à bonne distance de la Russie poutinienne esquisse un pas de danse sur le sol, arrange des fleurs dans une coupelle, souriante, heureuse de retrouver des visiteurs après deux mois de confinement qu’elle a mis à profit pour dialoguer avec les photos dans de petites séquences, qu’on peut retrouver sur Youtube.

Artcile: https://www.ouest-france.fr/culture/arts/liza-fetissova-l-oeil-de-moscou-paris-6868216